Vers un déconfinement heureux ?

Pendant deux mois, après un temps de surprises et de découvertes, tour à tour joyeuses ou douloureuses, ce confinement a obligé chacun à s’ajuster à cette situation inédite.

Le 11 mai, nous avons entre-ouvert la porte, repris des habitudes « d’avant », mais avec une vigilance encore jamais expérimentée, qui vient atténuer ou compliquer la joie de certaines retrouvailles. Et en ce mois de juin, nous retrouvons la liberté de culte.

J’ai écrit à plusieurs reprises, durant ces deux mois, des messages aux diocésains, ou à certaines catégories du Peuple de Dieu pour garder le lien, encourager, inviter à la prière, à la prudence et… à l’audace, à la générosité etc. Aujourd’hui, devant ce festival d’incertitudes avec lequel il nous faut vivre pour le moment, je vous suggère trois points de réflexion et d’attention à la faveur de ce déconfinement :

– Le mode de propagation du virus et la nécessité de garder nos distances pour ne pas nous contaminer nous fait intérioriser insensiblement l’idée de nous protéger les uns des autres. Au-delà de la distance sanitaire protectrice, nous est ainsi posée la question profonde de la juste distance dans nos relations. Nos personnalités et nos états de vie indiquent une partie de la réponse. Mais il y a là toujours matière à conversion, à ajustement pour trouver librement la bonne distance, chaste, juste, ni indifférente ni envahissante, qu’il nous faut apprendre à cultiver, avec Jésus pour modèle et pour principe que nous sommes faits pour nous entr’aimer et non pour nous protéger les uns des autres.

– J’ai lu que les ménages français avaient économisé 35 milliards d’euros pendant les 55 jours de confinement. Seuls les commerces de première nécessité étant accessibles, nos habitudes de consommation ont changé. Allons-nous bien vite rattraper le temps perdu ? Les déconfinés reprendront-ils le cycle chronométré, accéléré, égoïste, consumériste ? Ou bien y aura-t-il un nouvel essor de vie conviviale et aimante vers une civilisation où se déploie la poésie de la vie, où le « je » s’épanouit dans un « nous » ? demandait le vieil et sage Edgar Morin dans une interview récente1… Cette crise a révélé l’immense capacité de décentrement et de générosité que nous sommes capables de mettre en œuvre dans l’adversité. Bien entendu, nous restons de pauvres pécheurs, et avons toujours besoin de la Rédemption. Mais notre Rédempteur est aussi un maître de sagesse. À la faveur de cette crise, notre rapport aux biens de consommation, au partage des richesses, sera-t-il réévalué ? Choisirons-nous la « sobriété heureuse2 » et un mode de vie qui tienne durablement compte des autres et spécialement des plus pauvres, non pas comme une « basse intensité de vie3 » mais comme sa vraie réalisation ?

– Enfin, pendant deux mois nous avons été privés d’accès aux sacrements. Le déconfinement des cultes ne sera pas sans contraintes sanitaires. Mais quel enjeu et quelle joie ! Notre foi n’est ni seulement personnelle, ni seulement intérieure : elle a un besoin vital de la communauté et des sacrements, sous peine de se dénaturer. Je vous invite à faire tout votre possible pour retrouver le chemin des églises, de la célébration liturgique. Invitez vos voisins, soignons plus que jamais nos liturgies et notre participation à la messe pour honorer avec une ferveur nouvelle en particulier ce Saint Sacrement de l’Eucharistie dont nous avons été privés afin de devenir ce que nous recevons, le Corps du Christ !

+ Mgr Pierre-Antoine Bozo


1. Edgar Morin, Le Monde 20 avril 2020

2. Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse (2010) et Pape François, Laudato Sì’ (2015), n° 222- 227

3. Pape François, Laudato Sì’ (2015), n° 223

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