Dossiers

Splendeurs murales de nos églises

En septembre 2025 se sont tenues à Guéret deux journées d’étude sur la peinture murale médiévale des églises de la Creuse, à l’initiative du GRPM (Groupe de Recherches sur la Peinture Murale), auxquelles le diocèse a participées. Ce fut l’occasion d’une collaboration participative pour répertorier notre patrimoine limousin qui se poursuit aujourd’hui. Les départements de la Creuse et de la Haute-Vienne ont été ainsi inventoriés avec 115 églises peintes en Creuse et 80 en Haute-Vienne*.

Parmi les plus remarquables, citons en premier l’église Saint-Eutrope des Salles-Lavauguyon (photo) dont les peintures du XIIe siècle, réalisées selon la technique de la fresque sur 200 m2, font partie des plus belles de France par leur programme iconographique (Annonce de la Rédemption, scènes hagiographiques tirées de la vie des saints) et leur qualité picturale. Les peintures romanes et gothiques de la collégiale de Saint-Junien ne sont pas en reste avec la voûte de la nef présentant l’Adoration de l’Agneau par les vingt-quatre Vieillards de l’Apocalypse, ou son célèbre saint Christophe peint sur le mur nord du transept.

En Creuse, l’église Saint-Sulpice de Banize a retrouvé son décor peint sur 400 m2, daté de la fin du XVe et du début du XVIe siècle dont plus personne n’avait le souvenir, dissimulé sous un badigeon blanc du XIXe siècle. Depuis sa restauration, cette petite église rurale est devenue un site majeur pour la culture et le tourisme.

Dans une gamme chromatique volontairement réduite, plusieurs églises conservent des peintures murales imitant l’architecture d’un retable classique avec colonnes et chapiteaux corinthiens, pampres, rinceaux et rubans. Celui de Janailhac du XVIIe siècle, témoigne des prémices de ce corpus en Limousin.

Au XIXe siècle, Viollet-le-Duc a montré la voie du renouveau par l’intégration totale de la peinture murale à l’architecture. Louis-Charles-Auguste Steinheil, qui fut son collaborateur, a dirigé le chantier des peintures murales des chapelles de la cathédrale de Limoges, certainement avec l’aide d’Émile Lazarus pour les drapés des soubassements. Quant à Émile Latzarus, peintre décorateur et statuaire, actif à partir de 1890, il laissera sa signature dans plusieurs églises du diocèse.

Pour le XXe siècle, Nicolaï Greschny (1912-1985), peintre d’origine estonienne, héritier d’une tradition remontant à la chrétienté byzantine, a peint de nombreuses églises en France, et en Limousin : l’église Saint-Jacques d’Auzances en Creuse, l’église Sainte-Jeanne-d’Arc à Limoges et l’église Saint-Sauveur à Rochechouart où se déploient dans le chœur 100 m2 de fresques évoquant le cycle de la vie du Christ, ainsi que saint Julien et le Sauveur, les deux saints patrons de l’église. S’ils travaillaient toujours « à fresque », technique dans laquelle les pigments sont appliqués sur un enduit encore humide, la plupart des peintres a employé des techniques mixtes difficiles à identifier par le néophyte.

Leur étude et leur restauration mobilisent aujourd’hui des techniques pointues de conservation. Les campagnes de restauration redonnant tout leur éclat à ces œuvres dédiées à la Gloire de Dieu, l’art sacré peut continuer à parler aux croyants comme aux visiteurs qui poussent la porte de nos discrètes églises rurales.

Françoise Maison

 *Inventaire pour le GRPM par Françoise Maison et Georges Mériguet.

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