« N’ayez pas peur ! »

« Annus horribilis », avait écrit la reine Élisabeth II d’Angleterre pour qualifier une année de désordres et de peines dans sa famille et son Royaume (1992). L’expression restée fameuse peut-elle être décernée à l’année qui s’achève, marquée par l’apparition d’un microscopique virus qui a profité du village global qu’est devenue notre planète pour occasionner tant de dégâts humains, sociaux, économiques ? En tout cas, ce millésime 2020 restera dans les mémoires.

Cet éditorial ne prétend pas analyser ce qui nous est arrivé. Soulignons seulement combien cette pandémie a rendu évidente notre vulnérabilité et interrogé fortement le « paradigme technocratique » et le « culte du pouvoir humain sans limite » dénoncé par le Saint Père[1]. Elle a également mis en évidence à quel point nos contemporains étaient en recherche de sens. La mort est venue interroger la vie et notre mode de vie. L’adversité a révélé des héros cachés, a sollicité le meilleur en nous, avec plus ou moins de succès, personnels et collectifs.

La facilité consisterait à suggérer qu’à cette annus horribilis succèdera – par enchantement, par un optimisme incantatoire destiné à conjurer les mauvaises nouvelles – une annus mirabilis. Je ne cède pas à cette facilité. Et pourtant je vous souhaite une merveilleuse année 2021.

C’est simplement que 2021 sera – encore – une année de grâce du Seigneur. C’est donc enraciné dans la Foi, l’Espérance et la Charité que je vous souhaite une Sainte année nouvelle. Ces vertus font écrire à Saint Paul : « Nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son amour » (Rm 8, 28).

Dieu fait tout contribuer à notre bien. C’est difficile à croire au cœur de l’épreuve ou de l’angoisse. Mais c’est au cœur de l’épreuve que le grand et définitif déconfinement, la vaste perspective de la béatitude éternelle à laquelle nous sommes destinés, apparait comme la lumière décisive qui éclaire notre histoire et lui donne son sens.

Les mots magnifiques de Saint Jean-Paul II me reviennent à l’esprit, en ces temps troublés : « N’ayez pas peur ! » … Il faut que, dans la conscience de chaque être humain, se fortifie la certitude qu’il existe Quelqu’un qui tient dans ses mains le sort de ce monde qui passe, Quelqu’un qui détient les clefs de la mort et des enfers (Ap 1, 18), Quelqu’un qui est l’Alpha et l’Omega de l’histoire de l’homme (Ap 22, 13 ); et surtout la certitude que ce Quelqu’un est Amour (1 Jn 4, 8.16), l’Amour fait homme, l’Amour crucifié et ressuscité, l’Amour sans cesse présent au milieu des hommes ! Il est l’Amour eucharistique. Il est source inépuisable de communion. Il est le seul que nous puissions croire sans la moindre réserve quand il nous demande : « N’ayez pas peur ![2] ».

Aussi, sans prédire l’avenir, mais dans une confiance inexpugnable, puis-je vous souhaiter sans crainte, amis du Sillon, une sainte et heureuse année nouvelle, ainsi qu’à tous ceux qui vous sont chers.

+ Mgr P. A. Bozo


[1] Pape François, Encyclique Laudato Sì, 2015, 122

[2] Saint Jean-Paul II, Entrez dans l’Espérance, entretiens avec Vittorio Messori, Plon-Mame 1994, p. 323

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