Le droit à la liberté d’un peuple oublié

Claude-Marguerite Mangin, un témoin de la paix, était en visite à Limoges.

Depuis 1975, date à laquelle l’Espagne à cédé son ancienne colonie du Sahara Espagnol au Maroc et à la Mauritanie, les habitants du Sahara Occidental réclament leur indépendance. Depuis 1982 le pays est coupé en deux par un mur de sable de 2700 km, gardé par des barbelés et des champs de mines, construit par les autorités marocaines, afin d’isoler la partie ouest, occupée par des centaines de milliers de colons marocains, de la partie est, restée indépendante. La République Arabe Sahraouie Démocratique-RASD, quant à elle, en lien avec le Haut Commissariat aux Réfugiés, construit l’avenir du peuple sahraoui en exil, à Tindouf, dans le Sud Ouest algérien, et vit dans des camps de réfugiés depuis 1976, date à laquelle ceux-ci ont été chassés par l’armée marocaine.

L’enjeu ? De riches mines de phosphates et une pêche abondante sur les côtes de l’Atlantique.

Le Front Polisario, créé en mai 1973, avait mené une lutte armée, pour l’indépendance, contre la Mauritanie jusqu’en 1979, et contre le Maroc jusqu’en 1991, date du cessez-le-feu signé avec le Maroc contre la promesse de l’organisation d’un référendum d’autodétermination, qui n’a toujours pas eu lieu, 27 ans après. 

L’Assemblée Générale des Nations Unies a reconnu en 1979 la représentativité du Front Polisario. De 1991 à 2010, des tentatives successives des Nations Unies pour mettre en œuvre le référendum se soldent par des échecs.

En octobre–novembre 2010, en prélude du printemps arabe, un mouvement de protestation réunit durant un mois 20 000 personnes à proximité d’El Aïoun, la capitale du Sahara Occidental, située dans la partie contrôlée par le Maroc. Son porte parole, Naâma Asfari, est arrêté le 7 novembre 2010 par les autorités marocaines, la veille de l’assaut du campement par les forces armées marocaines visant à le démanteler. Lors de cet assaut 13 marocains auraient été tués ; Naâma Asfari se verra accusé d’implication dans ces décès. Emprisonné, torturé, au terme de deux procès, en 2013 et 2017, il est condamné à trente ans de prison ferme et ses 23 compagnons ont écopés de peines de 20 ans à perpétuité. 

Claude-Marguerite Mangin est son épouse. Elle a aussi épousé la cause des Sahraouis, impressionnée par leur courage, leur pacifisme, leur respect de la vie, la leur et celle des autres. Ancienne commissaire générale des Guides de France, enseignante, puis engagée au CCFD (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement), elle défend son mari, de recours en procès, soutenue par l’ACAT, Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture. Au printemps 2018, elle a fait une grève de la faim de 30 jours pour obtenir le simple droit de visite à son époux, emprisonné au Maroc, au mépris du droit international. En janvier 2019, elle a pu y retourner après 30 mois d’interdiction de séjour en représailles à la plainte qu’elle avait déposée avec l’ACAT auprès du Comité contre la Torture à Genève, plainte qui avait abouti, en 2016, à la condamnation du Maroc pour fait de torture sur son mari.

C’est cette femme généreuse et courageuse que notre équipe limougeaude de l’ACAT a reçue ce vendredi 8 juin.

Elle nous a donné le témoignage de la vérité, d’un indomptable courage, de son amour pour son mari et pour son peuple, et d’une formidable joie de vivre.

Pour ceux et celles qui seraient tentés par la morosité, le «à-quoi-bon-isme», le découragement ou les craintes légitimes devant un futur planétaire incertain, c’est un grand enseignement que cet amour capable de déplacer les montagnes, et il y a eu déjà des montagnes déplacées… Même et surtout si l’impossible reste à faire.

Nous sommes heureux dans ces lignes de lui donner notre salut, de nous affirmer à ses côtés, et de partager un peu la richesse de cette rencontre avec nos lecteurs.

Pour l’équipe ACAT de Limoges

Jacques HORAIST

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