Message de Noël • de Mgr Justin Kientega, évêque de Ouahigouya

De nos jours, fêter Noël n’est pas l’apanage des chrétiens. C’est même une fête pour tous, sommes-nous tentés d’affirmer au regard de l’engouement qu’elle suscite. Dans une société de consommation, Noël est une belle opportunité pour écouler les produits et se faire de gros chiffres d’affaires. Noël est vraiment une fête pour tous et chacun y entre selon son centre d’intérêt, ses sensibilités et ses goûts. En effet, tandis que certains mettent l’accent sur les retrouvailles en famille ou l’organisation du réveillon de Noël, d’autres sont plus préoccupés à trouver le plus beau sapin de Noël pour orner leur maison ou encore le cadeau qui fera plus plaisir à tel ami… Tout cela participe à la beauté de la fête, mais n’est pas l’essentiel de la fête.

Face à la sécularisation progressive de la fête de Noël, il nous faut tendre davantage l’oreille de nos cœurs pour écouter le message que Dieu nous livre à travers son Fils Jésus, venu dans notre histoire. La célébration de la fête de Nativité du Jésus véhicule de grandes vérités de foi et éclaire la vie de l’homme et son mystère. En effet, la personne de Jésus Christ constitue le Centre de la fête de Noël. Et à travers Jésus, C’est Dieu lui-même qui vient à la rencontre de l’humanité, Le Créateur qui penche sur sa créature pour la restaurer et la diviniser, selon l’expression de Saint Athanase : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu ». Quel admirable échange ! Cette venue du Fils de Dieu notre chair doit révolutionner notre regard sur tout être humain, quel que soit le stade de son évolution ou sa petitesse. En prenant chair dans le Sein de la Vierge Marie, Jésus confère à notre humanité un surcroit de dignité que Saint Paul ne cesse de rappeler : « Ne le savez-vous pas : votre corps est un temple de l’Esprit Saint, qui est en vous, venu de Dieu, et vous ne vous appartenez pas » (1 Co 6, 19). La fête de Noël est pour nous l’occasion de penser à tous ceux qui sont atteints dans leur dignité physique. A Noël nous fêtons la naissance d’un Enfant ; nous fêtons la vie. Pensons à tous ces bébés victimes de l’avortement, et qui n’ont pas pu voir le jour à cause de l’égoïsme, de la méchanceté et de l’irresponsabilité des hommes ou pour diverse raisons évoquées.

Noël c’est aussi la fête de la rencontre, rencontre entre Dieu et l’homme. Dieu nous apprend à faire pèlerinage vers les autres : les plus petits, les plus pauvres… cela suppose que nous acceptions de quitter nos conforts, nos sécurités apparentes ; cela suppose que nous acceptions d’être vulnérables l’instar de cet Enfant-Dieu, pauvre et nu, si fragile, couché dans la mangeoire, sans autre défense que le regard plein de tendresse de Marie et Joseph. Aller à la rencontre de l’autre suppose de la charité et de l’humilité dont le Christ est modèle parfait, lui qui « ayant la condition de Dieu ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu mais s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes (cf Ph 2, 6-7). L’abaissement du Christ, s’il atteint son plus haut niveau sur la croix, a d’abord commencé dans la crèche à travers son Incarnation. La crèche est pour nous chrétiens une école d’humilité. Demandons à Dieu cette grâce lorsque nous irons nous incliner devant l’Enfant de Bethléem.

Emmanuel, Dieu-avec-nous !C’est l’autre nom de Jésus. A la faveur de l’Incarnation, Dieu n’est plus un Etre lointain, et invisible et inaccessible ; il s’est fait proche de nous ; il s’est fait semblable à nous ; il s’est rendu solidaire de nos joies et de nos peines. Il est un frère, un ami sur qui nous pouvons compter en tout temps. Il a établi sa tente parmi nous et  veut demeurer dans nos cœurs comme il a demeuré dans la crèche. Ouvrons-lui donc larges les portes de nos cœurs.

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ». En laissant jaillir de nos cœurs l’hymne entonné jadis par les anges en chœur, demandons au Prince-de-la-Paix de faire à notre temps la grâce de la paix. Notre monde gémit sous le poids de la violence des conflits armés qui font chaque jour des victimes. Notre monde a soif de paix, de Justice et d’amour. Noël est une promesse de paix pour les hommes car celui dont célébrons la naissance vient instaurer un monde nouveau et réconcilié où on ne fera plus de mal ni de violence (Cf Is 65, 25). Que les grâces des célébrations des mystères de Noël nous fortifient et fassent de nous des artisans de paix, de justice et d’amour pour nos familles et le monde entier.

Je ne saurais finir sans vous demander de prier particulièrement pour la paix au Burkina Faso et pour la conversion de ceux qui s’adonnent aux forces du mal pour nuire à leurs semblables. A ce sujet, au début du temps de l’Avent, j’ai lancé un appel à la prière et au jeûne à tous les diocésains pour la paix dans notre diocèse. Nous vous demandons de vous unir à nous dans la prière.

Que tout homme s’ouvre à la Lumière du Verbe incarné pour l’avènement d’un monde nouveau ! Puissions-nous garder aussi longtemps que possible la joie Noël et la faire rayonner autour de nous.

Le Verbe s’est fait chair, et il a demeuré parmi nous !

+ Justin KIENTEGA

Evêque de Ouahigouya

%d bloggers like this:
Journal Le Sillon

GRATUIT
VOIR