Dossiers

60 ans de fraternité

Quand Limoges et Ouahigouya écrivent une histoire de partage et de solidarité

Ah, l’histoire du jumelage entre les diocèses de Limoges et Ouahigouya ! C’est bien plus qu’une simple alliance entre deux Églises : c’est une belle rencontre, une aventure humaine et spirituelle qui a traversé six décennies. Une histoire qui, je l’imagine souvent, a commencé comme une étincelle, un moment de grâce où tout devient possible.

Je me plais toujours à rêver cette scène, il y a 60 ans, pendant le Concile Vatican II. Deux évêques, Monseigneur Gufflet et Monseigneur Tapsoba, se croisent à Rome, au cœur des débats théologiques. Il est midi, les discussions ont duré des heures, les estomacs commencent à gronder. Le premier, avec un sourire nostalgique, murmure : « Je donnerais cher pour un pâté de pommes de terre, cette spécialité du Limousin… » L’autre, les yeux pétillants, répond  : « Moi, c’est un bon tô sauce gombo qui me ferait plaisir, comme chez moi, au Burkina ! » Et voilà nos deux pasteurs, comme par un coup de baguette magique ou plutôt de crosse épiscopale partagent bien plus que des mots, mais aussi des saveurs, des traditions, des vies : le jumelage entre nos deux diocèses, Limoges Ouahigouya est né.

Soyons sérieux, je ne pense pas qu’il en fut ainsi, mais je suis certaine en revanche, qu’un jour, Monseigneur Tapsoba a dégusté le pâté de pomme de terre et Monseigneur Gufflet s’est délecté d’un Tô sauce Gombo. Dans ces gestes simples, c’est toute une fraternité qui s’est construite, bien au-delà des frontières.

Notre jumelage ne prend pas sa retraite, aujourd’hui, il fête ses 60 ans. Soixante années de rencontres, d’échanges, de prières partagées. Soixante années à apprendre que la solidarité ne se conjugue pas au passé, mais bien au présent. Certes, les défis sont là : les distances, les différences culturelles, les réalités économiques, politiques contrastées. Parfois, le souffle semble moins vigoureux, les projets moins denses. Les visites moins nombreuses en raison de la situation sécuritaire, mais l’essentiel reste : ce lien, tissé avec patience et amour, ne s’effiloche pas.

Car le jumelage, c’est avant tout le rendez-vous du donner et du recevoir. Un échange qui ne se mesure pas en termes de profits ou de pertes, mais en fraternité, en prière, en communion. C’est l’amitié qui se renouvelle à chaque visite, à chaque lettre, à chaque projet, à  l’accueil d’un prêtre fidei donum, d’une communauté religieuse, d’un étudiant. C’est la joie de découvrir que, malgré les kilomètres, nous formons une seule famille en Christ. Notre jumelage est un héritage à transmettre.  Alors, en ce jour anniversaire, rendons grâce pour ces 60 ans de partage. Pour les prêtres, les religieux, les laïcs qui ont porté ce jumelage avec foi et détermination. Pour les jeunes qui, aujourd’hui pourraient s’en emparer et lui donner un nouvel élan. Car une fraternité comme celle-ci ne se fête pas seulement : elle se vit, elle se transmet.

Nous nous tournons vers toi Marie avec confiance et espérance. Aujourd’hui, nous te confions notre jumelage. Par ton intercession maternelle, nous te prions d’offrir à ton Fils Jésus ce projet de communion et de partage. Que ce jumelage devienne une source de grâce pour nos communautés, et qu’il inspire les nouvelles générations à marcher ensemble sur le chemin de l’Évangile. Que les prochaines décennies soient, elles aussi, marquées par cette audace, des ponts comme celui entre Limoges et Ouahigouya sont des dons précieux. Des dons qui nous rappellent que la solidarité, la prière et l’amitié sont les piliers d’une Église vivante et unie. Je continue mon rêve, et si l’on se retrouvait, tous ensemble, autour d’un pâté de pommes de terre et un tô sauce gombo, pour célébrer ensemble ces 60 ans… et les 60 prochaines années ? 

Lynette Dubois

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