Prendre le temps
Tandis que le monde s’affole, que les cartes géopolitiques sont rebattues et que partout on investit dans l’armement ou le réarmement des sommes colossales dont on prive simultanément les plus pauvres, l’Église, apparemment imperturbable, se prépare à vivre la Semaine Sainte au terme des quarante jours du Carême.
Dans ce contexte grave, les rites séculaires que nous allons célébrer sont-ils décalés ? Rameaux, Chemin de Croix, bénédiction des huiles saintes, cierge pascal : quel lien avec l’actualité ? L’Église vit-elle dans un monde parallèle ?
On connaît l’antique devise des chartreux : Stat crux dum volvitur orbis : la croix demeure tandis que le monde tourne, va sa course… Ce sommet de notre année liturgique, qui nous mobilisera intensément durant la Semaine Sainte, ne nous isole pas dans un monde séparé. Ces jours bénis et leur liturgie si engageante ne font rien d’autre que manifester ceci : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jn 3, 16-17).
Le mystère de notre salut en Jésus-Christ est plus actuel et plus nécessaire que jamais. La célébration de la Semaine Sainte, le sacrifice du Christ au Golgotha, la victoire de Pâques, joyeuse et définitive, sont la réponse d’amour de Dieu à l’humanité qui cherche à tâtons son chemin et semble si souvent s’égarer dans des impasses qui abîment l’homme et la terre qui lui a été confiée.
Il y a urgence à … prendre le temps. Le temps de l’intériorité, le temps de ne pas manquer ces rendez-vous où l’Église nous convoque, pour nous abreuver aux sources du Salut et en devenir davantage les témoins. Ardente et fervente Semaine Sainte, chers diocésains !
+ Mgr Pierre-Antoine Bozo