Conférence des évêques • « Le matin, sème ton grain… »

Ce titre champêtre, le tutoiement, contredisent le sous-titre très officiel de ce livre : « Lettre en réponse à l’invitation du Président de la République ». Le président de la Conférence des Évêques s’adresse à celui de la République dans une lettre ouverte : c’est une première, à ma connaissance.

Son contexte est celui des conférences qu’à l’occasion de l’épidémie Monsieur Macron a tenues avec les responsables des cultes, les invitant à lui faire partager leurs réflexions. Mgr de Moulins-Beaufort s’est peut-être souvenu que, lors de son allocution aux Bernardins, le Président Macron avait demandé aux catholiques de ne pas se sentir « aux marches de la République, mais de retrouver le goût et le sel du rôle » qu’ils y avaient toujours joué.

« Le matin, sème ton grain » est un verset de l’Écclésiaste (11, 6) en contrepoint du précédent : « qui regarde les nuages ne moissonne pas » (4). Il ne suffit pas de scruter les signes des temps, il faut suggérer une direction. Ce que fait l’archevêque de Reims en quatre chapitres : Mémoire, Corps, Liberté et Hospitalité.

Mémoire : pour se souvenir, afin que cette expérience soit source de progrès en ce qui concerne les conditions de travail pour le milieu hospitalier, de logements pour d’autres. Mais aussi pour choisir et non subir cette expérience de décélération. L’auteur propose qu’« une fois par mois un dimanche soit confiné dans notre pays » pour retrouver quelque chose des bienfaits de ce confinement.

Corps : le corps social a été confiné brutalement au profit de la préservation des corps individuels. Dans ce rapport en tension, « le corps social n’a pas à satisfaire les désirs de chacun, mais il devrait aider chacun à croire en son rôle propre ». La question de la mort s’est posée avec acuité. Elle n’est pas « l’échec de la vie », ni « l’échec de la médecine », mais « un événement spirituel ». Ainsi, au moment de mourir « plus d’affection est préférable à davantage de médecine ».

Liberté : la question de la liberté de culte a été posée, mais plus largement celle de la place de l’État. Son influence accrue et bénéfique n’est pas sans risque : « L’État bienveillant peut-être au moins aussi envahissant et disciplinaire que l’État totalitaire »

Hospitalité  : le confinement a mis en cause la vertu d’hospitalité et en a aussi excité le désir. « La figure de l’humanité accomplie est celle de l’hospitalité mutuelle ». Est posée ici la question des migrations. Le modèle des relations humaines « ne devrait pas être le conflit ou la compétition, ni même le commerce. Ce devrait être l’hospitalité ».

Cette lettre est « ouverte » : elle nous est aussi adressée…

Mgr Pierre-Antoine Bozo

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