Témoignage• Les dons de la vie religieuse et consacrée

Par ce bref témoignage, je voudrais seulement rendre grâce pour tout ce que j’ai reçu de la vie religieuse et consacrée. Ce ne sera pas très original, car il me suffit juste d’ouvrir les yeux et de relire un compagnonnage évangélique stimulant pour ma vie et mon ministère.

J’ai grandi dans une famille où il y a des prêtres et des religieux/ses à toutes les générations. Maman a une sœur qui est Fille de la Charité, elle avait une tante carmélite morte jeune de la tuberculose, un grand oncle jésuite parti en Chine au début du XXe siècle et une grand tante petite sœur des pauvres en Inde jusque dans les années 50. Papa avait un cousin capucin à Toulouse. De Chine et d’Inde nous sont venus des petits souvenirs qui étaient comme des reliques. J’ai sans doute reçu là une aspiration à visiter l’Extrême Orient.

Séminariste en insertion pastorale, il y a un peu plus de 30 ans, il y avait des Sœurs à Aubusson, Felletin, Crocq, Gioux. Plusieurs m’ont particulièrement marqué, par leur vie de prière, leur service auprès des enfants, des malades, des personnes âgées. Il y avait quelques tempéraments et du caractère. Elles ont été précieuses pour m’accompagner dans l’attention véritable aux personnes et c’est de l’une d’elle qu’est venu le choix de m’offrir une paire de sabots pour que j’apprenne à marcher au pas des gens ! C’est Janine, tout particulièrement, qui m’a initié à la pastorale des jeunes et qui m’a appelé à développer les talents qu’elle avait discernés. Quel bonheur d’avoir aussi vécu avec elle, avec Sr Michèle, et quelques autres des colos mémorables. On n’avait pas un radis, et des jeunes tellement fragiles… Elles n’avaient pas froid aux yeux et c’était communicatif ! On priait avec la vie des gosses qui faisait résonner la Parole de Dieu, on soutenait des adultes encore plus vulnérables, on en a sauvé quelques-uns…

J’y ai découvert au fil des ans et jusqu’à aujourd’hui que donner sa vie pour le Christ est parfois un rude combat, mais pour une joie inégalable. J’en ai vu souffrir de la vie communautaire sans jamais se plaindre. J’ai perçu les petites fidélités de tous les jours, à la lampe du silence et des nuits de fatigue. J’ai entendu la présence à un peuple, la multitude des réseaux de relations, les portes qui ne s’ouvraient que pour elles. On a aussi bien ri, et pleuré. J’ai appris une juste distance, pour respecter leur vie commune, et accepter qu’elles reçoivent des missions qui les conduisaient ailleurs, dans l’obéissance. J’ai souffert de voir comment des confrères prêtres ou des fidèles chrétiens s’en moquaient parfois, et plus souvent encore ne voyaient en elles que des personnes corvéables à merci. Il m’a été fait quelques beaux cadeaux, dans la collaboration pastorale avec Sr Myriam, Sr Marie-Angèle, Sr Marie-Thérèse, entre autres. J’ai eu le bonheur d’accompagner un chapitre provincial et un chapitre général, une dizaine de retraites d’une semaine, un bon nombre de récollections, et d’être rendu témoin de merveilleuses démarches de foi et de charité véritables.

Alors, oui, beaucoup d’entre vous sont maintenant âgées, parfois diminuées. Mais vous venez de cette histoire, et elle est sainte !  Elle est le trésor immense de l’Evangile en actes. Elle dit la radicalité de la suite du Christ. Elle révèle que les vases d’argile qui font confiance à la promesse d’amour deviennent des sources sans fin. Elle témoigne qu’une vie fraternelle est un chemin sûr de conversion au quotidien. Elle expérimente que ce ne sont pas d’abord les apparences et les moyens qui creusent la véritable amitié et le don humble au Christ. Elle dit qu’au-delà des petites manies, des habitudes étranges, des limites humaines, du péché même parfois, un sillon se trace dans l’abandon à plus grand que soi.

Je peux dire que si des prêtres et des fidèles chrétiens ont été pour moi un appui considérable sur ma route, il y a aussi quelques religieuses, et des religieux moines, qui m’ont vraiment donné une colonne vertébrale de croyant et de prêtre. Après avoir longtemps été accompagné spirituellement à Ligugé, c’est maintenant à Septfons que je trouve une eau vive qui me nourrit toutes les 4 à 6 semaines. Par l’accueil chaleureux et discret, par la liturgie simple et profonde, par l’amitié et l’écoute de Frère Emmanuel, par les pauvres cellules qui recueillent mes fatigues accumulées, j’ai trouvé là un espace de prière et de relecture, où je reprends les joies et les questions de mon ministère pastoral, et ce qu’elles produisent en moi. Je sais qu’au milieu de la nuit ces hommes se lèvent pour porter devant Dieu les cœurs aimants et les vies blessées, les ténèbres du monde, les solitudes des insomniaques et des angoissés, les joies et les espoirs de nos contemporains. J’aime les rejoindre, parfois, de chez moi, avec le bréviaire qu’ils m’ont offert.

Bien sûr, la vie va devant et l’Esprit Saint a toujours quelques surprises pour nous. La manière de vivre la vie religieuse se transforme, change, se renouvelle. Des requêtes nouvelles apparaissent pour la vie communautaire. Les champs de la mission sont les plus larges possibles. Des jeunes et des moins jeunes s’engagent avec beaucoup d’exigences et d’attentes. De nouvelles Congrégations se sont lancées, avec joies et déboires, mais avec l’énergie de la foi communicative. L’une de mes propres sœurs est Sœur apostolique de St Jean et de l’extérieur, nous ne savons pas tous les soubresauts qui agitent la Famille St Jean, en même temps que le courageux travail de discernement et de refondation qui y est réalisé, même s’il reste beaucoup à faire encore.

C’est un beau cadeau que m’a offert Mgr Kalist, reconduit pour le moment par Mgr Bozo, d’accompagner la vie religieuse de notre diocèse. Certes, il a fallu voir se fermer un bon nombre de communautés. Mais il y a aussi des bonnes nouvelles avec de nouveaux visages individuels et communautaires, et avec l’ouverture à des horizons bien plus larges, avec le Vietnam et le Burkina Faso. J’ai aussi aimé visiter la plupart de vos maisons, et participer aux travaux du CDVR, à ceux de la CORREF. Je m’excuse de moins prendre le temps de ces visites depuis que je suis arrivé dans mes trois paroisses du nord 87. Il me semble d’ailleurs qu’il est nécessaire que cette mission soit assurée par quelqu’un de proche du conseil de l’évêque, ne serait-ce que pour la simple information et pour la cohérence diocésaine.

Nous autres, prêtres séculiers, avons bien des choses à apprendre de la vie religieuse, de la disponibilité et du génie féminin du service, de la manière de rendre toutes les sœurs attentives à la vie de leur Congrégation. Un diocèse qui vivrait l’équivalent d’un chapitre général régulièrement serait sans doute un peu autre… !

Je vous remercie.

P. Bernard Vignéras

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